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L’iconographie de l’Enfer, du diable et des démons prennent une grande place dans l’histoire de l’art et ont nourri une grande partie de notre imaginaire. Les tableaux médiévaux ont nourri l’image d’un monde infernal fantastique, terrifiant et cruel, comment ces représentations ont-elles évolués ?

Les enfers au Moyen Age : « la pastorale de la terreur ».

Si dans la Bible, on ne trouve pas de description physique des démons ni de l’enfer, les artistes dès le Moyen Age ont dû imaginer l’apparence des créatures des Enfers. Ils se sont appuyés notamment sur des œuvres littéraires tels que l’Eneide de Virigile, les Visions du chevalier Tondal (un récit écrit par un moine irlandais dans les années 1100 et enluminé vers 1470) et La Divine Comédie de Dante.
Écrit entre 1307 et 1311, l’œuvre du poète italien a fortement influencé l’imaginaire infernal et les artistes. La Divine Comédie est illustré par les plus grands artistes notamment Botticelli.

Dans la première partie du récit, l’enfer est divisé en neuf cercles dans lesquels les damnés sont repartis selon leurs péchés.
Cette compartimentation de l’enfer et la répartition des damnés par péchés est typique de la représentation des enfers au Moyen Age.

On le voit bien notamment dans l’Hortus Deliciarum « jardin des délices » extrait d’une encyclopédie chrétienne réalisée par Herrade de Landsberg.

L’enfer est divisé en 4 niveaux avec une gradation des châtiments infligés aux damnés. Parmi les pécheurs, on reconnait les femmes infanticides, les juifs dotés de chapeaux pointus et Lucifer lui-même sur son trône.

De nombreuses représentations montrent Satan dévorant des damnés, ceux qui ont commis les fautes les plus graves. Cette image se répand sur les façades d’église, les enluminures, tableaux, retables… accessibles aux populations illettrées.
Satan devient à la fois l’incarnation de l’horreur infernale et le gardien de la foi poussant les croyants à être de meilleurs chrétiens et ainsi éviter la damnation .

Bestiaire des enfers

L’iconographie médiévale représente l’enfer en l’opposant avec le paradis notamment dans les œuvres du Jugement dernier.

Dès le XIeme siècle, l’entrée de l’enfer représentée par une gueule monstrueuse béante apparait dans les représentations anglo-saxonnes et par la suite dans toute l’Europe. Elle pourrait être inspiré du loup gigantesque Fenrir dans la mythologie scandinave qui engloutit Odin lors de la fin du monde.

Cette bouche infernale est aussi présente dans les mystères médiévaux, pièces théâtrales composaient d’une succession de tableaux. Ils mettent en scène des sujets bibliques dans un décor à plusieurs étages : en haut le paradis et en bas l’entrée de l’enfer avec une gueule de dragon.

L’Église recommandait aux artistes d’insister sur les particularités des démons : leur difformité et leur laideur étant un reflet de leurs péchés.

Les bestiaires, les œuvres provenant d’Extrême Orient et les anciennes civilisations mésopotamienne et perse ont largement influencé l’iconographie des créatures démoniaques. L’assemblage d’organes et de visages sur les fesses des démons sert à rendre la nudité infâme car elle incite au péché et à l’adoration des dieux anciens. Selon les prédicateurs, le péché engendre la laideur et les artistes abondent leurs tableaux de détails oniriques ou morbides.

Cette représentation du monde souterrain a marqué les esprits et instaure « la pastorale de la terreur ». Cette expression conçue par l’historien des religions Jean Delumeau désigne l’insistance de l’Église sur les aspects les plus effrayants du christianisme (l’Enfer en premier lieu) pour inspirer la peur chez les fidèles et les rendre plus pieux.
 Satan devient donc un personnage central dans la conquête théologique du monothéisme en Europe pendant la période du Moyen Age.

« L'enfer est vide, tous les démons sont ici » Shakespeare, La tempête (1611)

A partir de 1500, les peintres flamands vont progressivement abandonner l’iconographie infernale pour les vanités, natures mortes et les scènes mythologiques.

Le Concile de Trente a également un impact sur la production artistique car il demande aux artistes de se conformer aux Saintes Écritures alors que les enfers ne sont pas décrits dans la Bible.

L’enfer se vide de son bestiaire médiéval. Les démons deviennent moins effrayants et leur apparence se rapproche de l’humain comme dans la gravure de Francois-Chauveau. L’apparence du diable, inspiré par les images de sabbats de sorcières, ressemble de plus en plus à un satyre.

Cette humanisation peut être expliqué par le traumatisme des guerres de religions où la violence des hommes rivalisaient avec celles des démons.

 La composition des enfers ne dépend plus des châtiments, l’espace est décloisonné et unifié.
La séparation entre paradis et enfer se fait de moins en moins nette comme dans le Jugement dernier du peintre flamand Hieronymus II Francken où se mêlent démons, damnés et élus du paradis.

Les démons disparaissent progressivement des iconographies et laissent place à la représentation des damnés, sans châtiments. Dans le tableau de Rubens, les damnés, dépourvus d’individualité, forment une masse indistincte.

Satan, héros romantique

En 1667, John Milton écrit « Le Paradis Perdu » un poème épique racontant la chute de Lucifer. Dès sa parution, l’œuvre connait un grand succès et des peintres s’en inspirent jusqu’au XIXeme siècle. Le tableau de John Martin représente le Pandémonium, mot inventé par Milton. Dans le poème, le Pandémonium est la capitale des Enfers où Satan gouverne son peuple démoniaque. De dos, contemplant son royaume, le diable est en armure et casqué tel un général de guerre. 

Satan devient un héros romantique et un symbole de révolte contre la bourgeoisie. Le romantisme s’empare de la figure du diable pour en faire un symbole d’un occident moderne où la religion devient progressivement obsolète.

Au XIXeme siècle, le diable est réintroduit dans les imaginaires par le biais de la littérature de fiction. De nombreux artistes ont illustré la Divine Comédie de Dante comme Delacroix avec la Barque de Dante qui présente un enfer très peu semblable aux représentations chrétiennes. La Divine Comédie illustré par Gustave Doré, qui a également illustré le Paradis perdu, regorge de créatures et de paysages infernaux marquants.

Ressources

Les visions infernales de John Milton

La représentation du diable au Moyen-Age

Satan- Lionel Obadia

La Beauté du diable – Roland Villeneuve

Histoire du Diable – Robert Muchembled

 

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