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Lors des parades militaires romaines après une victoire, un esclave répétait au général la locution latine « Memento Mori », « souvient toi que tu vas mourir ».
Une façon de rappeler au héros sa condition d’être humain et que la mort est inévitable.

Des fresques antiques affichent la figure du crâne, symbole universel de la mort. Associé avec le papillon, symbole de l’âme, il est présent dans les mosaïques qui ornent les maisons.

À l’époque, « Memento Mori » est souvent associé à la locution « Carpe Diem », préconisant aux hommes de bien vivre car ils vont mourir demain.

Le christianisme met au centre des préoccupations la mort car, elle induit le salut de l’âme. Au Moyen Age, l’art religieux s’empare de cette thématique pour délivrer un message moralisateur dans un contexte d’épidémies et de guerres incessantes.

Le « Memento Mori » se réinvente dans les arts graphiques sous la forme de « Vanités » au début de la renaissance.

Vanité des vanités, tout est vanité" Ecclésiaste

Au XVe siècle, les premières vanités apparaissent aux Pays-Bas parallèlement au développement de l’étude de l’anatomie et de la dissection malgré l’interdiction religieux.
En 1452, le Triptyque Braque par Roger van der Weyden est considérée comme la première Vanité. À l’envers d’un retable, un crâne et une brique ébréchée, images de la fragilité de l’existence, sont représentés.

Les portraits associés à des vanités sont des confrontations entre l’homme vivant et son double macabre. Contrairement aux « Triomphe de la Mort » et aux danses macabres qui ornaient les églises et les cimetières, le double portrait est destiné à la sphère privé.
Placé dans un autel domestique, le diptyque permet la méditation personnelle et appelle à la dévotion intime.

Le siècle des Vanités

Au XVIIe siècle, les vanités deviennent un véritable courant pictural. Ces natures mortes sombres et austères s’inscrivent parfaitement dans le courant de pensée protestant qui interdit les images sacrées. Cependant, les vanités sont également présentes dans les pays catholiques.
Les saints ermites tels que Jérôme, Augustin ou Marie-Madeleine deviennent des figures de la pénitence (rejetée par le protestantisme). Tous deux abandonnent les plaisirs terrestres pour mener une vie contemplative d’ascète.

En 1603, la Vanité quitte l’envers des retables religieux pour devenir un courant pictural à part entière avec notamment l’œuvre de Jacob de Gheyn II.
La bulle représente la fragilité de l’existence, rappelant que la gloire et la richesse (évoqués par les pièces d’argent et d’or) sont éphémères. Inscrit au milieu de la niche, la formule « Humana Vanna » : l’humain est vain.

Dans les vanités façon nature morte, on retrouve des accumulations d’objets qui ont chacun leur symbolisme. Les bijoux, les pièces de monnaie, les couronnes et les armes représentent la vanité de la richesse et du pouvoir.
Le savoir est symbolisé par les livres et les œuvres d’art. Les verres de vin, les jeux de cartes ainsi que les instruments de musique évoquent les plaisirs des vies terrestres.
La fragilité et la fugacité de l’existence sont représentées par des bulles de savon, le verre, la lumière.

Mort et renaissance de la vanité

Face au rationalisme du XVIIIe siècle, les Vanités disparaissent du domaine artistique pour renaître au XXe siècle.
Destituées de leur valeur moralisatrice, les vanités modernes se désacralisent. Le crâne devient un symbole pop culture et sera réapproprié par la culture motarde, punk, gothique… 
L’œuvre de Damien Hirst  for the love of god représente bien le « memento mori » moderne : la vie est une absurdité.
Ce crâne en platine recouvert de diamants dénonce l’industrie meurtrière du diamant et la société capitaliste qui la soutient.

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